CLAUDE EVELYNE:
"MES ANNEES DANS L'ORCHESTRE
DE JACQUES HELIAN"

TEMOIGNAGES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Claude Evelyne et Jean Marco en solo. Piaf et Montand se sont intéressés plus tard à cette chanson.

 

Rita Castel, Claude Evelyne, Lou Darley
Avec Jean Marco, une entente artistique parfaite.

 

Hélian a mis la chanson sur orbite; Montand et Piaf sont arrivés plus tard.
Avec Jean Marco, une entente
artistique parfaite.
Première chanteuse des "Hélianes", Claude Evelyne a, aussi, beaucoup chanté en solo.
Avec Jean Marco: une entente
artistique parfaite
Claude Evelyne a beaucoup chanté en soliste

CLAUDE EVELYNE EST ARRIVEE EN SEPTEMBRE 1949.
ELLE EST RESTEE JUSQU'EN MAI 1953
. ELLE NOUS LIVRE ICI SES SOUVENIRS

Je dois avouer que les souvenirs de ces folles années passées à Paris, avec l’Orchestre Jacques Hélian, se sont un peu estompées dans ma mémoire. Il m’en reste, fort heureusement, encore quelques bribes. Comment donc suis-je entrée dans cet orchestre si célèbre à l’époque ? Depuis des années, j’enregistrais régulièrement des chansons pour Radio Lausanne (parfois avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne !). Un jour, c’était en 1949, je reçois un coup de téléphone : « Mme Claude Evelyne ? Ici Jacques Hélian ». Immédiatement, j’ai pensé à une farce de mon ami Jack Rollan (un humoriste et auteur de chansons fort apprécié en Suisse romande à l’époque). « Ne me fais pas marcher, Jack ! ». « Non, c’est bien Jacques Hélian qui vous appelle… ». Après des excuses de ma part, Jacques Hélian m’apprend qu’il a écrit au service des variétés de la Radio et qu’on lui a donné mon numéro privé. Il avait entendu ma voix et c’est le timbre qui lui manquait pour créer les Hélianes. Quelques jours plus tard, je prenais le train pour Paris, rencontrais le pianiste chargé de faire répéter les chanteurs, chantais 3 chansons … et le contrat fut signé !
Monsieur Jacques », comme je l’ai toujours appelé par la suite, me demanda si je connaissais quelqu’un qui pourrait tenir la troisième voix. Rentrée à Lausanne, j’appelais une de mes amies, excellente pianiste classique, qui jouait aussi des pièces au Radio-théâtre. C’était Rita Castellano, qui devint Rita Castel. Nous rencontrâmes Jacques Hélian dans un restaurant lausannois, il apprécia favorablement mon amie qui signa, le jour même, son contrat.
Une qui n’était pas contente, c’était ma mère ! Elle était affolée à l’idée que sa fille chérie quitte la Suisse pour aller s’installer à Paris pour plusieurs années. Paris, la Ville lumière, certes, mais aussi ville de perdition, ville de toutes les débauches… Elle n’en dormait plus. En septembre 1949, Rita et moi partions pour notre nouvelle aventure. Commencèrent alors les longues heures de répétition avec l’orchestre. C’était grisant… Les musiciens étaient très agréables avec nous et nous nous entendions merveilleusement avec la talentueuse Ginette Garcin qui, par la suite, a fait une très belle carrière au théâtre et au cinéma (carrière qui n’est pas près de se terminer). Jacques Hélian avait trouvé pour Rita et moi un appartement charmant, un deux pièces cuisine, rue Théodule Ribault. Une rue que j’aimais particulièrement et qui donnait sur le Boulevard de Courcelles.
Le travail…. Répétitions, enregistrements à la Radio, dans des studios de l’industrie discographique, concerts, tournées au Canada, Montréal, Québec, dans les villes principales d’Afrique du Nord. Cela n’arrêtait pas. Et partout, le succès pour ne pas dire le triomphe. Un soir, (c’était fin 1949), nous donnions un concert à Reims. « Monsieur Jacques » fredonna devant l’orchestre une chanson qui, d’après lui, devait faire un tabac. En entendant la musique et les paroles, l’orchestre et les chanteurs lui rirent au nez, lui disant que ce serait un bide cuisant. On mit tout de même la chanson au répertoire… et ce fut un triomphe ! C’était la
fameuse « Etoile des Neiges » qui se chante encore aujourd’hui (sur des rythmes différents, il faut en convenir).
En 1950, un trompettiste vint rejoindre notre équipe : Ernie Royal, un musicien extraordinaire, qui venait de chez Duke Ellington. Quelle référence ! Ce fut manifestement un gros "plus" pour l’orchestre.

La fatigue commençait à se faire sentir et souvent nous manquions de sommeil. Les Hélianes avaient beaucoup de succès et s’entendaient très bien avec les musiciens. Nous étions jeunes et nous aimions à rire en bande. Un bel esprit d’équipe. Le printemps revenu, les tournées en province commençaient. C’était la valse des valises ! Nous parcourions la France du nord au sud, d’est en ouest. La plupart du temps, les concerts étaient suivis d’un bal de nuit ; c’était la mode. Cela pouvait durer jusqu’à 4 h. du matin. Les Hélianes n’y participaient pas ; nous attendions sagement dans les loges que ces « messieurs » en aient terminé. Nous rentrions alors à Paris, au petit matin, dans un car peu confortables et aux ressorts fatigués. Impossible de dormir. Quelques musiciens somnolaient. Le plus en forme, c’était l’inénarrable Patoum, qui n’arrêtait pas de blaguer et nous arrachait des rires, flapis eux aussi…
Puis il y eut une tournée, avec l’une des grandes stars de l’époque : Tino Rossi. Et aussi avec Bourvil – l’adorable Bourvil – qui, à l’époque, en était encore à « tailler ses crayons ». Nous avons enregistré deux chansons avec lui. Nous étions bien loin de penser qu’il deviendrait un jour l’immense acteur que tout le monde connaît.
Souvent, je chantais en duo avec Jean Marco ; nos deux voix s’entendaient à merveille. C’était un compagnon charmant qui avait un immense succès auprès du public. Parfois, je trouvais le temps de rentrer en Suisse pour quelques jours. Puis, en 1953, j’y retournai définitivement ; fatiguée et atteinte d’une jaunisse, j’ai quitté l’orchestre et retrouvé ma famille. Très peu de temps après mon retour, je reçus un télégramme de Christian Garros qui me faisait part d’une tragédie : le décès, dans un accident de voiture, de Jean Marco et de Georges Cloud. Je suis retournée à Paris pour les obsèques de ces deux compagnons .
Je repris mes activités à Radio-Lausanne tout en faisant des tours de chant (galas !), accompagnée de « mon » pianiste, dans les grandes et petites villes de Suisse romande. Mais une grande surprise m’attendait. A cette époque, la Télévision romande prenait son envol et j’ai été sollicitée pour résenter les programmes ; c’est ainsi que je suis devenue « speakerine ». Restée durant 28 ans à la TV, j’ai été productrice et présentatrice d’un programme pour les femmes, idem pour une émission culinaire ; j’ai formé les futures speakerines, tout en animant des émissions pour les enfants et présenté des magazines d’actualité. J’ai même travaillé en France avec Guy Lux, dans « Interneiges », une coproduction franco-suisse, qui mettait en compétition deux stations d’hiver (une française et une suisse) dans des jeux sur neige et sur glace.
Puis, je suis retournée à la Radio, où je m’occupais de problèmes sociaux. J’ai donc arrêté de chanter, mais j’ai beaucoup parlé.
Depuis 37 ans, je vis avec mon mari, comédien, toujours au bord du Lac Léman, dans une bourgade
fort agréable, Lutry. Nous avons passé 17 ans au bord de l’eau, puis, depuis 20 ans, nous sommes
installés dans une petite maison qui domine le lac. Au loin, j’aperçois les montagnes de Savoie, sans découvrir, hélas ! la fameuse

« Etoile des Neiges ». Tous les jours, donc, je jette un petit coup d’œil amical à la France.

CLAUDE EVELYNE, JUIN 2004

Claude Evelyne est décédée le 27 Mars 2014.