LOU DARLEY REJOINT L'ORCHESTRE
TEMOIGNAGES
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LOU DARLEY ARRIVA EN AVRIL 1952, QUELQUES MOIS APRES LE DEPART DE
GINETTE GARCIN. ELLE RESTA JUSQU'A LA FIN, EN 1957: ELLE RACONTE.

 

Jacques Hélian ne m’a pas choisie par hasard ! Il savait très bien ce qu’il voulait : une fille qui sache danser, chanter et participer à un ensemble vocal sans passer des heures en répétitions. Il avait suivi de loin ma carrière et savait que je répondais à tous ces critères. Il m’avait fait une première proposition trois ans auparavant (en 1949 NDLR). Il accompagnait Maurice Chevalier lors d’un enregistrement auquel je participais avec « Les Voix du Rythme », quintette vocal que tout le monde s’arrachait à l’époque.
J’avais décliné son offre, étant très satisfaite de ce que je faisais à ce moment là. Jacques m’avait vue, aussi, à l’Alhambra, où nous faisions partie de la distribution d’une opérette « Le Chevalier Bayard », avec Yves Montand qui faisait ses débuts d’acteur, Ludmilla Tchérina, Henri Salvador, Félix Oudart, Alice Tisot etc… Nous avons fait aussi une douzaine de chansons avec Ray Ventura qui me voulait dans son prochain film « Nous irons à Paris », mais j’attendais un heureux événement et je n’ai pu accepter.
Quand Jacques Hélian est venu me chercher à Bruxelles, il savait donc parfaitement ce que je pourrais lui apporter. Et cette fois, j’ai accepté. C’était en 1952. J’ai débuté le 2 avril à Montargis. Pendant le dîner que nous prenions tous ensemble, Patoum a sorti tout son répertoire de gags ! Moi qui ne le connaissais pas, je riais tellement que je n’ai rien avalé de ce repas ; et comme il voyait mon assiette pleine, il me disait : « Tu n’as pas faim ? Tu as le trac ? Vaut mieux que tu ne manges pas…bon ben, je vais finir ton assiette ! » et il me l’enlevait ! ! et je riais de plus belle… J’ai beaucoup apprécié la franche camaraderie qui régnait dans cette formation ; avec les filles, Claude Evelyne et Rita Castel, ça a marché tout de suite. Nous avions beaucoup d’affection mutuelle. Quand Claude est partie, elle fut remplacée par Denise Rosia. Belle fille, belle voix, bonne copine. Nous l’avons adoptée tout de suite.
Bien sûr, ce fut un drame quand nous avons perdu Jean Marco et Georges Cloud. Deux braves garçons que tout le monde aimait. Jean Marco, un des piliers de l’orchestre, une perte immense pour nous tous ; une bonne partie du succès reposait sur ses épaules ; et Georges Cloud, un soliste de grand talent. Ils ont laissé un vide difficile à combler, malgré les qualités évidentes de ceux qui les ont remplacés, comme Jean-Louis Tristan qui s’en est sorti avec honneur et qui a su conquérir le public et sa place dans l’orchestre. Tous les musiciens étaient vraiment de
« grosses pointures » comme on dit dans notre jargon.
J’avais signé un contrat de 18 mois, je suis restée 5 ans, jusqu’à la fin en 1957 où je me suis retrouvée la seule chanteuse de l’orchestre. Jacques, très affaibli par l’ablation d’un rein, a dissous l’orchestre et est devenu organisateur de spectacles. J’y faisais un tour de chant avec une petite formation, mais ça ne me plaisait pas. Mon second mari était administrateur des tournées mais c’était très aléatoire et, fin 1957, nous avons préféré rentrer en Belgique où j’ai fait de la radio, de la télévision et…mon troisième enfant, Sophie, qui a repris le flambeau avec la danse et la musique ! J’ai mis un terme à ma carrière de chanteuse et je me suis alors souvenue que j’avais été ballerine au Théâtre Royal de Liège. J’avais même été nommée première danseuse le 1er mai 1940 : pas de chance, les allemands étaient là le 10 mai, ce qui a changé tous mes projets ! J’ai donc ouvert un cours de danse classique. Je revenais à ma première passion : la danse.
Quelque 10 ans plus tard, j’ai remis mon cours de danse et nous sommes venus vivre dans le midi où mon mari est devenu importateur d’une grande marque de chocolats belges. J’ai six arrière petits-enfants à qui je peux raconter beaucoup de souvenirs ! ! Je peux leur dire aussi que Jacques Hélian était quelqu’un de bien, qu’il a fait beaucoup pour la chanson française, mais aussi pour le jazz, ce qui est moins connu ; qu’il s’est entouré des meilleurs musiciens français et étrangers, même si cela lui coûtait très cher ! Cet homme a eu beaucoup de courage et je regrette qu’il ne soit pas mieux connu des jeunes générations. Pour ma part, je suis fière d’avoir travaillé dans ce fameux orchestre et d’avoir eu l’honneur d’être accompagnée par ces grands musiciens.

LOU DARLEY, Août 2004

CREDITS PHOTOS: photo 2, "PHOTO MARCEL COMBES" , 53 Rue d'Amsterdam, PARIS 8è.

Dans un chorus dansé. A gauche,
son compatriote et vibraphoniste Sadi
Lou Darley chantant "Oh Bessie",
l'une de ses chansons préférées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lou Darley chantant "Oh Bessie", l'une de ses chansons préférées

 

 

 

Dans un chorus dansé. A gauche, son compatriote et vibraphoniste Sadi.

 

 

 

Dans le sketch "C'est à Hambourg" avec Henri Tallourd