PATOUM OU LES VERTUS DU RIRE

 

TEMOIGNAGES
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Patoum a toujours aimé rire, et faire rire ; Pendant ses années chez Jo Bouillon, il jouait de la batterie…et rigolait bien ; arrivé chez Jacques Hélian, rire et faire rire devient son job exclusif. En plus des gags et sketches prévus et travaillés, il tient à improviser chaque soir quelque chose de nouveau, en fonction de l’inspiration et du lieu ; histoire, aussi, de titiller les membres de l’orchestre et ne pas les laisser tomber dans la routine; et pour avoir, sans doute, la délicieuse sensation de voir le public se demander si tel gag était prévu ou pas…
Le chef, chaque soir, avait choisi d’ignorer ce qui allait se passer ; un simple signal codé avait été convenu entre les deux quand il fallait que Patoum arrête. C’est seulement au débriefing qu’Hélian disait parfois : « ça, tu ne le refais jamais » ! ! ! Le résultat, c'est que les musiciens étaient parfois aussi pliés de rire que les gens dans la salle, ce qui créait une précieuse connivence entre tous.
Patoum a beaucoup ri et beaucoup fait rire ; aujourd’hui, à 93 ans, voici quel post-scriptum il livre à notre reflexion :
« J’ai un frère de 96 ans et une sœur de 100 ans ; j’apprends la trompette, je visite les p’tits vieux dans les maisons de retraite, j’entre en quatrième année de cours d’Anglais, et je sors souvent avec ma petite… fidèle : elle est pas belle la vie ? »
Chapeau Patoum.
RF

 

 

 

 

 

 

 

 

QU'EST CE QU'ON SE MARRAIT!!!

Cher ami, bravo ! Heureusement que vous êtes là pour ne pas que le souvenir de M. Jacques Hélian disparaisse ! C’est très difficile de vous décrire cette extraordinaire ambiance qui régnait constamment dans l’orchestre. Fatigués après zune (sic)journée de car, arrivés le soir directement au spectacle ! on mangera plus tard, quelle importance ! et c’était parti…avec Brun de chaque côté de la scène, pour l’indicatif.
Paf ! c’est une fleur de Paris…et les gags commençaient sous les applaudissements du public. Un régal ! reçus partout comme des rois,
obligés de sortir parfois par derrière ! Les filles Ah les filles ! ! Comme nous avions une loge avec Brun, elles entraient parfois sans frapper et nous piquaient cravate, mouchoir, casquette ! Bisous obligatoires ! Reçus parfois chez des fans !
Un jour, Jacques me dit (au sujet de Pierre Brun): « Patoum, il est toujours en retard, il faut que vous fassiez quelque chose ! Je compte sur vous. » Alors, dans sa valise
avant de rentrer sur scène, j’ai placé deux gueuses en fonte de 20 kilos… Brun arrive en courant, prend la valise… qu’il ne parvient pas à soulever et qu’il traîne comme il peut en traversant la scène… rires de l’orchestre, puis des spectateurs…hilarité générale ! Presque un gag entre chaque morceau, interventions dans la salle.
Un jour, j’étais en clochard, en train de hurler : « c’est minable ! y a même pas d’accordéon ! » . Brun dans la salle : « Vous êtes un rustre ! -- moi ? je suis Français moi, Monsieur… ». Brun raconte qu’il a perdu son fils. Moi : « Vous pourriez le reconnaître ? ». Brun : « Oui, il avait une petite cloche à son cou. » Alors je sortais une grosse cloche et disais : « C’est pas celle-là par hasard ? » --- « Oh oui, c’est toi mon fils ! – Papa ! » et on s’embrassait…
Au tout début, chez Jacques, je faisais tellement d’interventions, déguisements et autres que j’ai quitté la batterie pour être uniquement gagman. A l’entracte, on nous donnait rendez-vous pour après le concert ; mais le temps de ranger le matos, la fille était partie avec un autre… Brun par exemple. Parfois, je sortais derrière lui pendant qu’il bécottait la fille, et je criais : « Brun, Brun, ta femme vient de téléphoner…ton troisième môme fait une méningite ! ». La fille : « Quoi ? T’es marié ? menteur ! ». Moi : « mais moi je suis libre ! » et on se marrait ! Pendant les cœurs (sic), j’étais derrière les chanteuses ; je plongeais dans leurs décolletés et commentais par signes les différentes tailles de poitrine, avec gestes très démonstratifs !
A Evian, avec les curistes, déguisés en couple colonial avec fusil, nous dansions très remarqués vu la tenue , et chaque fois que nous revenions de la salle de Jeux, nous avions un vêtement en moins ! plus de veste, plus de fusil, on finissait en slip et on dansait toujours ! ! alors le Directeur venait et disait à Jacques Hélian : « Arrêtez-les, ils vont finir à poil ! » La salle était écroulée de rire : beaucoup doivent s’en souvenir ! ! !
Voilà comment était l’ambiance, et des gens se souviennent encore : je reçois tous les zans des lettres d’anciens fans ou de leur z’enfants et parfois, je joins une de mes photos récentes avec une de nos affiches, une petite formation Niou Orléans ! On se produit aux anniversaires, baptêmes, et on a pas mal de demandes pour les divorces…
Avec Brun qui était un musicien et comique formidable, pas de jalousie ; au contraire, on essayait de trouver des situations comiques ; on riait partout, à l’hôtel, dans le car, dans le train, et cette ambiance continuait sur scène !
Nous avons été très choqués par la disparition de Marco. Quel chanteur ! ! ! Pendant plusieurs jours, l’ambiance n’était pas terrible. Je pense qu’il avait l’intention de quitter l’orchestre et d’avoir le sien, avec quelques éléments « Hélianais » peut-être. A part son talent de chanteur, il avait beaucoup de succès auprès des « Fannes » ! ! !
Voilà, mon cher Roland, j’ai passé quin zannées de ma vie dans la joie et la bonne humeur ! Je rêve très souvent de l’orchestre, c’est dingue ! ! je revois tout ! ! !La scène, le public, les loges, etc…. et je ne paye pas ! ! ! J’espère que ces quelques mots et photos vous auront fait plaisir.
Encore bravo et bizous…futés à tous nos fans.

PATOUM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Patoum (à gauche) face à Jo Charrier
(à droite). Ils étaient ensemble dans l'orchestre
en 1948. Au premier plan, Ginette Garcin.
Patoum avec son inséparable acolyte
Pierre Brun.
Avec Gilles de Robien le jour de ses 90 ans.